Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, la loi Duplomb a mis fin à la séparation obligatoire entre la vente et le conseil des produits phytosanitaires. Pourtant, la réglementation ne fait pas table rase de tout encadrement. Un décret paru en août 2026 précise les nouvelles règles pour éviter les conflits d’intérêts. Ceux qui conseillent les agriculteurs doivent toujours justifier de compétences solides. Le point sur ce qui change concrètement pour les professionnels.
Phytothérapie et produits phytosanitaires : ce que la nouvelle loi change pour les conseillers
Jusqu’à présent, un vendeur de produits phytos ne pouvait pas donner de conseil stratégique aux agriculteurs. Il fallait deux personnes distinctes. C’était la règle de séparation, installée depuis 2021 avec la loi EGAlim. L’idée : garantir un conseil indépendant de toute pression commerciale.
Avec la loi Duplomb, cette séparation obligatoire disparaît au 1ᵉʳ janvier 2026. Un même professionnel peut à nouveau vendre et conseiller. La question des conflits d’intérêts reste pourtant au cœur des préoccupations. Le décret n° 2026-781 du 12 août 2026, publié au Journal officiel le 15 août, vient fixer un cadre précis.
Les conditions pour conseiller sans tomber dans le piège du conflit d’intérêts
Pour dispenser le conseil stratégique, le professionnel doit justifier d’un diplôme de niveau V dans l’agronomie, les productions végétales, l’environnement ou l’agro-écologie. Pas de diplôme ? Une expérience professionnelle de cinq ans dans le conseil agronomique peut suffire.
Autre condition : le conseiller ne doit exercer aucune mission liée à la mise en vente, à la vente ou à la distribution gratuite de produits phytopharmaceutiques. Sa rémunération ne peut pas non plus être indexée sur les ventes. Voilà qui conserve un peu de transparence dans un système où la frontière devient mince.
Les conseillers doivent aussi s’engager à se former régulièrement. Une manière de maintenir un niveau de compétence, même quand on a les mains dans la vente et le conseil à la fois.
Les petites structures échappent à la séparation obligatoire
La réglementation prévoit une dérogation pour les entreprises de petite taille. Les mesures imposées par le décret ne s’appliquent pas à elles. Une souplesse bienvenue pour les petites coopératives locales qui n’ont pas les moyens d’employer deux profils distincts.
Cette exception évite de pénaliser les structures à taille humaine. Elle conserve néanmoins l’esprit de la loi : assurer un conseil de qualité en limitant les situations où le vendeur pousse à l’achat.
Ce qui change réellement pour les vendeurs et les conseillers sur le terrain
Concrètement, un vendeur de produits phytos peut de nouveau donner des recommandations d’achat. Mais le conseil stratégique reste soumis à des règles strictes. Ce n’est pas un retour à l’ancien monde où tout était permis.
Le décret impose des garde-fous. Par exemple, un conseiller ne peut pas être rémunéré en fonction des volumes vendus. Une protection contre les dérives commerciales. Le respect de la compliance devient un enjeu quotidien pour les entreprises concernées.
En clair, la fin de la séparation obligatoire ne signifie pas la fin de toute régulation. Elle assouplit les choses, tout en maintenant des obligations de formation et de transparence pour les professionnels.
La transparence comme boussole pour les professionnels
On peut se demander si cette évolution ne fragilise pas l’indépendance du conseil. C’est un vrai sujet. Les entreprises doivent redoubler d’attention pour éviter les situations ambiguës. La transparence devient une valeur clé, même si la loi laisse plus de liberté.
Pour les agriculteurs, le réflexe reste le même : choisir un conseiller de confiance, capable de dire non à un produit inutile. Les bons conseillers se reconnaîtront à leur capacité à rester honnêtes, même sans contrainte légale.
Les points clés à retenir pour bien naviguer dans la nouvelle réglementation
- 🌿 La séparation vente et conseil n’est plus obligatoire depuis janvier 2026.
- 📜 Le décret du 12 août 2026 fixe les conditions pour conseiller.
- 🎓 Diplôme de niveau V ou cinq ans d’expérience exigés pour le conseil stratégique.
- ⚖️ La rémunération des conseillers ne peut pas dépendre des ventes.
- 🏢 Les petites entreprises sont dispensées de certaines obligations.
Voilà un panorama complet de ce qui attend les professionnels. La réglementation évolue, mais l’objectif reste le même : un conseil de qualité, éclairé et honnête. Dans un monde où l’agriculture doit relever de nombreux défis, cette confiance entre conseillers et agriculteurs n’a jamais été aussi précieuse. Chacun devra trouver sa façon de concilier performance économique et éthique professionnelle. Une belle page à écrire, sans séparation imposée.

Journaliste scientifique passé par l’agroécologie et le bâti écologique, Kylian vit dans un corps de ferme du Puy-de-Dôme qu’il retape sans polluer. Il enquête, jardine et écrit sur la vie autonome au quotidien.