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À Plouyé, l’agroforesterie : quand l’arbre devient l’épine dorsale d’une agriculture durable et résiliente

À Plouyé, l’agroforesterie : quand l’arbre devient l’épine dorsale d’une agriculture durable et résiliente

Dans le Finistère, à Plouyé, l’agroforesterie s’impose comme une réponse concrète aux défis climatiques. Gabriel Haguet, éleveur installé depuis 2020, a fait de l’arbre le pilier de son exploitation. Une démarche qui a retenu l’attention du jury du concours local d’agroforesterie, venu visiter sa ferme de Kerveguen.

L’agroforesterie à Plouyé : une ferme tournée vers l’arbre et le sol vivant

Ce mardi 25 août, les jurés du concours d’agroforesterie ont commencé leur tournée par la ferme de Gabriel Haguet. Sur 20 hectares, l’éleveur de vaches allaitantes et de poules pondeuses a choisi de rouvrir des parcelles enfrichées tout en conservant précieusement les arbres. Son approche associe élevage et végétal dans un système cohérent où chaque élément a sa place.

Il divise ses champs en paddocks d’un demi-hectare. Les bêtes pâturent sous les feuillages, profitant de l’ombre et de l’herbe qui reste verte malgré la sécheresse. « Quand il fait chaud, les vaches sont autour des arbres », explique simplement l’éleveur. Cette présence végétale change tout : le sol reste frais, la biodiversité s’installe et le bien-être animal s’améliore.

Caroline, une habitante de la commune voisine, témoigne : « On voit bien la différence entre les parcelles classiques et celle-ci. Ici, l’herbe tient et les animaux semblent plus calmes. » Une observation partagée par les experts du jury, venus de horizons variés : agronomie, agroécologie, sylviculture.

Six gestes pour une ferme qui tient la sécheresse
  • Conserve les arbres

    Ne rase pas tout. Sur ses 20 hectares, Gabriel Haguet a rouvert des parcelles enfrichées en gardant précieusement les arbres.

  • Divise en paddocks

    Des parcelles d'un demi-hectare permettent aux bêtes de pâturer à l'ombre des feuillages, avec une herbe qui reste verte.

  • Plante des haies

    Le bocage abrite les pollinisateurs et les auxiliaires, et filtre l'eau naturellement. Un vrai refuge pour la biodiversité.

  • Crée une forêt de têtards

    En taillant les arbres, on produit du feuillage et des branches que les animaux consomment en complément du pâturage.

  • Récupère du bois

    Une dizaine de cordes de bois de chauffage sort chaque année de l'exploitation. L'arbre devient une ressource économique.

  • Observe tes bêtes

    Quand il fait chaud, les vaches se rassemblent autour des arbres. Ce comportement montre l'importance de l'ombre.

L’arbre au cœur du cycle de l’eau et de la production agricole

L’eau est une ressource précieuse. À Plouyé, les haies et les arbres jouent un rôle essentiel dans sa préservation. Leurs racines maintiennent le sol, favorisent l’infiltration et limitent le ruissellement. Résultat : des parcelles plus résilientes face aux épisodes de sécheresse qui frappent régulièrement la région depuis plusieurs années.

L’éleveur a également façonnés une « forêt de têtards pour le fourrage », sur les conseils de techniciens spécialisés. Cette pratique ancestrale consiste à tailler les arbres pour produire du feuillage et des branches, que les animaux peuvent consommer. Une solution ingénieuse qui complète le pâturage et sécurise la production agricole en période difficile.

Le projet ne s’arrête pas là. Gabriel Haguet récolte aussi une dizaine de cordes de bois de chauffage chaque année. L’arbre devient ainsi une ressource économique à part entière, prouvant qu’agriculture durable et rentabilité peuvent faire bon ménage.

Le bocage, un allié pour la biodiversité et l’environnement

Les haies bocagères sont bien plus qu’un simple décor champêtre. Elles abritent une multitude d’espèces : insectes pollinisateurs, oiseaux, petits mammifères. Cette biodiversité est précieuse pour les cultures et l’élevage. Les auxiliaires naturels, par exemple, régulent les populations de nuisibles sans recourir aux pesticides.

À Kerveguen, le jury a pu observer cette richesse écologique par lui-même. La parcelle visitée présentait une diversité remarquable de plantes et d’arbres. « Il y a de l’herbe, de la diversité, de l’ombre et de la chlorophylle », s’est enthousiasmée Juliet Abadie, pépiniériste locale et membre du jury. Un constat partagé par tous les participants.

Voici quelques bénéfices concrets du bocage observés sur l’exploitation :

  • 🌿 Maintien d’un sol vivant et fertile toute l’année
  • 🐝 Refuge pour les pollinisateurs et auxiliaires de culture
  • 🌳 Production de bois de chauffage et de fourrage
  • 💧 Filtration naturelle de l’eau et des nitrates
  • 🌡️ Création d’îlots de fraîcheur pendant les canicules

Un concours qui valorise les bonnes pratiques agricoles

La ferme de Gabriel Haguet était l’une des quatre exploitations candidates au concours local d’agroforesterie. Outre Plouyé, le jury devait se rendre à Plonévez-du-Faou, Commana et Guipavas. L’organisation de cet événement mobilise l’Epaga et le Syndicat de bassin de l’Élorn, partenaires de cette troisième édition.

Nora Abot, de l’Epaga, détaille la démarche : « Nous avons lancé un appel à candidatures et sollicité des agriculteurs partenaires. Aujourd’hui, quatre candidats sont évalués. Il nous faut un panel d’experts pour couvrir tous les axes de la grille d’évaluation officielle. » Une méthode rigoureuse qui garantit une analyse complète des différents systèmes.

Le lauréat du territoire de l’Aulne et de l’Élorn sera connu en novembre. Il représentera ensuite la région au niveau national lors du Salon International de l’Agriculture, prévu en mars 2027. Les participants peuvent aussi gagner des bons d’achat dans la pépinière Boudigwez, spécialisée dans les végétaux locaux, à Plouyé.

Une agriculture durable qui répond aux défis du climat

Magali Renard, chargée de communication à l’Epaga, résume bien l’enjeu : « l’arbre, l’eau et le sol forment un triptyque gagnant. » Cette approche globale est indispensable pour adapter nos campagnes au changement climatique. Les services rendus par les arbres aux agriculteurs et à l’ensemble de la société sont immenses.

les épisodes de canicule et de sécheresse deviennent récurrents en Bretagne. Face à ces événements extrêmes, l’agroforesterie offre des solutions éprouvées. L’ombre des arbres réduit le stress thermique des animaux, les racines améliorent la structure du sol et augmentent sa capacité à retenir l’eau, et la matière organique apportée par les feuilles nourrit la vie souterraine.

En associant arbres et élevage sur une même parcelle, les agriculteurs créent un véritable écosystème. La ferme de Gabriel Haguet illustre cette réussite : les prairies restent verdoyantes, la biodiversité prospère, et l’exploitation produit viande, œufs et bois. Voilà une agriculture tournée vers l’avenir, qui ne dépend plus uniquement des engrais et des intrants chimiques.

L’exemple de Plouyé dépasse largement les frontières du Finistère. Il montre que l’agroforesterie n’est pas une idée utopique ou un retour nostalgique au passé. C’est une pratique moderne, technique et rentable, qui peut être adaptée à toutes les fermes. Le défi est désormais de généraliser ces systèmes agroforestiers sur les territoires, pour construire une agriculture réellement durable et résiliente.

Le jury du concours, les techniciens et les agriculteurs présents à Kerveguen repartent convaincus. L’arbre, longtemps considéré comme une contrainte dans les champs, redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un allié indispensable de l’agriculture et un gardien de nos paysages.

Ce que l'arbre change vraiment à la ferme

Ça veut dire quoi, concrètement, l'agroforesterie pour un éleveur ?

C'est garder des arbres et des haies dans les parcelles, tout en faisant pâturer les bêtes. Ici, les vaches profitent de l'ombre et l'herbe reste verte.

Est-ce que les arbres gênent les vaches ou l'exploitation ?

Pas du tout. Gabriel Haguet divise ses champs en paddocks d'un demi-hectare et les bêtes pâturent sous les feuillages. Les arbres apportent aussi du fourrage et du bois.

Faut-il des compétences particulières pour se lancer ?

Un accompagnement technique aide beaucoup. Gabriel Haguet a suivi les conseils de techniciens spécialisés, notamment pour créer sa forêt de têtards pour le fourrage.

Ça vaut le coup économiquement, ou c'est juste écologique ?

L'arbre devient une ressource à part entière : une dizaine de cordes de bois chaque année, plus un fourrage d'appoint. La ferme prouve que durable et rentable peuvent aller ensemble.

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