Vivre sans voiture, en pleine campagne

Vivre sans voiture, j’en rêvais, c’est maintenant chose faite. Pour beaucoup de personnes, de nos jours, pour être autonome il faut avoir son permis de conduire et la voiture qui va avec ! à plus forte raison si l’on vit en pleine campagne. J’y ai cru pendant un temps, c’est d’ailleurs pour cela que je me suis tardivement décidée à passer le permis de conduire – je l’ai eu en juin 2001, j’avais alors 37 ans.

rien de tel que la marche à pied pour vivre sans voiture

De ma famille, de l’éducation qu’elle m’a offerte, je n’ai jamais reçu la culture de la voiture. A la maison, nous n’avions pas de voiture. Nous vivions en banlieue parisienne, nul besoin de s’encombrer d’un véhicule pareil alors que tous les transports en commun nous tendaient les bras ! pour ce qui est des longs trajets tout du moins, pour le reste, nous utilisions tout simplement nos jambes, nous faisions de la marche à pied.

« Ne fais pas ça, Odile ! Tu vas le regretter !! » me serine le voisinage.

Regretter quoi, de vivre comme bon me semble ? C’est fou, cela me fait toujours sourire de constater à quel point les gens peuvent nous jeter à la figure leurs propres frayeurs personnelles, leurs angoisses intimes, comme si nous étions, comme si j’étais, leur double, leur sosie, leur autre eux-mêmes. C’est toujours sous le si beau prétexte de prévenir, d’anticiper le mal, le nocif qui pourrait malencontreusement nous atteindre, nous advenir, enfer et damnation. C’est pour ton bien ma fille que je te jette à la tête tout mon malaise. Sauf que ces mêmes personnes ont du mal à considérer qu’il puisse s’agir de moi et non d’elles, et que cela fasse toute la différence.

Vivre sans voiture, impensable ! Tout simplement IMPOSSIBLE.

Cela me rappelle lorsque j’ai décidé de quitter la banlieue parisienne pour m’installer en Normandie, en pleine campagne donc. Ma famille, les miens, mes proches, faisaient des paris entre eux pour savoir au bout de combien de mois j’allais revenir. Quoi, vivre en pleine cambrousse, à cinq dans un abri de jardin de 20m2, en attendant de construire la maison, impensable ! les bonnes âmes… C’était il y a 19 ans.

Je n’ai jamais aimé conduire. Je l’ai fait parce qu’au début il me semblait que c’était indispensable pour vivre là où je vivais, et il est vrai que pour les enfants cela c’est révélé plus qu’utile, mais aujourd’hui, les enfants sont grands et moi je ne rêvais plus que d’une chose, me débarrasser de la voiture dès qu’elle montrerait des signes de fin de vie. Vivre sans voiture, oui, c’est chose faite depuis le mois de décembre. Hier, je l’ai sorti du garage pour que le gars de la casse puisse venir la prendre, j’attends son rendez-vous avec impatience.

Mais alors, comment vivre sans voiture en pleine campagne ?

marche à pied
C’est tout simple, une bonne paire de chaussures de randonnée pour les balades champêtres. (elles n’ont pas l’air comme ça, mais elles ont déjà un certain nombre de kilomètres à leur actif, plus tous les trajets de chaque semaine que je fais depuis que je les ai, et depuis un voyage en direction du Mont Saint Michel)

marche à pied avec de bonnes chaussures
Une bonne paire de chaussures de sport/marche  » aspect de ville  » pour les déplacements en grande ville avant de rejoindre le car qui fait la navette (à trois kilomètres de chez moi, la grande ville étant elle, à seize bornes), et le tour est joué ! Ah si, un détail non négligeable, savoir s’organiser, tout n’est qu’une question d’organisation, ou prendre les choses comme elles viennent, j’aime faire les deux.

vivre sans voiture et faire ses courses avec un chariot
Et ! un chariot à roulettes pour une partie des courses – car pour une autre grande part de mon ravitaillement (traduire par ce qui ne pousse pas dans mon jardin, cela se passe par commande Internet et livraison par camion, sur palette, à mon domicile.

« Mais je ne comprends pas, maman, toi qui fais toujours tout pour être autonome, là, d’un seul coup, tu supprimes la voiture, tu ne veux pas la remplacer, c’est illogique ! » me disait l’un de mes fils le mois dernier. Sauf que, ce que lui et d’autres ont du mal à bien saisir, c’est que pour être autonome cela se passe d’abord et avant tout dans la tête, c’est déjà être autonome au plus profond de soi. Une fois cela fait, le reste suit d’office. Ce n’est pas un véhicule motorisé qui fait de nous des personnes autonomes (autonome peut d’ailleurs être remplacé par : libre). Tout comme dans un autre registre, ce n’était pas le fait de soudain pouvoir porter des pantalons qui ont rendu les femmes libres. Celles qui ne l’étaient pas en robe ou en jupes, ne l’étaient pas forcément plus en pantalon, cela a pu fonctionner pour certaines, pas toutes (personnellement je me sens plus libre dans des robes et jupes longues, d’ailleurs je ne porte plus que ça). Tout comme pour les conducteurs et conductrices de véhicules qui pensent qu’il faut en passer par là, que c’est une obligation, pour être autonome. Cela peut être un moyen d’autonomie, bien évidemment, mais ce n’est en aucun cas un passage obligé.

A chacun son ressenti.

Trackbacks & Pings

  • Vivre hors du système - Folle autonomie :

    […] J’ai porté mes nouvelles lunettes (deux paires avec des verres différents) pendant quatorze ans, et puis, la semaine dernière, tilt ! Mais ma fille, tu n’as plus besoin de t’encombrer ainsi de tes lunettes ! puisque tu as supprimé ta voiture… […]

    10 mois ago