Jardin intérieur et vastes espaces

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Lorsque je désherbe mon allée, ou que je taille les haies du jardin, je désherbe et taille en même temps mentalement les broussailles qui encombrent les grandes lignes que je me suis tracée pour ma vie. Non que j’omets de laisser la place à l’imprévu ou au chaos créateur, non, loin de là, mais j’aime à me recentrer, à cerner de près mon essentiel, à éviter la dispersion qui m’emporte si aisément parfois.

jardin sur paille

Garder son nord, sa ligne directrice

Garder ses allées internes et extérieures visibles, ainsi que notre cadre, celui permettant le dessin, le motif de l’ensemble : un jardin, une maison, un être au milieu de tout cela, un parcours de vie.
Lorsque je trie, fais du rangement, ou le ménage, c’est pareil, je trie en même temps mes priorités. Je lessive les couches superficielles plus ou moins crasseuses à mon goût – lorsque je me laisse influencer et que je déteste ce qui en résulte -, celles que j’ai laissé m’envahir, au fond de moi et extérieurement.

Lorsque je cuisine, je prépare ce que j’ai envie d’ingérer, comment j’ai envie de l’ingérer, avec qui j’ai envie de l’ingérer, et en même temps je me prépare à ce que j’ai envie d’avaler mentalement, à savoir, idées, textes, arrivée d’une personne dans ma vie, dans mon entourage, etc…

Dans le jardin, lorsque je coupe des fougères pour les placer ensuite dans le pondoir des poules – anti-parasites naturel -, mentalement, je me protège en même temps des parasites. Je prends soin.

Lorsque je joue aux dames chinoises, j’équilibre au travers du jeu.

Je mets en place physiquement, je visualise le reste, et ce reste se met en place à son échelle, ailleurs, et ce, tout le temps.

Etre vivant, c’est avoir un jardin intérieur d’une richesse infinie

jardin intérieur, plante enfermée dans un bocal

Il y a de nombreuses années, tout cela n’était pas encore clair pour moi. Je faisais comme la plupart des gens, je râlais après untel ou tel autre, après mes maris, après la terre entière presque, après la société surtout. J’attendais des autres ce que je devais me donner à moi-même, la Vie. « Anime-toi ma fille !!» Donc je me plaignais. Je n’étais pas satisfaite. Les corvées étaient des corvées, et je n’avais jamais de temps pour moi. « Et moi alors, moi aussi j’existe !!! et moi, et moi, et moi… » Sauf que, il n’y avait aucune vie dans mes actes, rien que des gestes d’automate, des gestes prétendument obligatoires pour une bonne hygiène de vie, mais la vie en était totalement absente, déserte, car la vie n’est pas un amoncellement de gestes mécaniques fondus dans une norme, en aucun cas. Je n’avais pas encore appris cela. S’animer, ce n’était pas s’agiter dans tous les sens, ni courir partout, ni voyager- que ce soit jusqu’à l’autre bout de la planète ou à dix kilomètres de chez soi -, ni chanter dans des chorales ou jouer d’un instrument de musique, ni faire la fête tous les week-end et voir du monde tous les jours, etc… S’animer c’était encore autre chose, une autre chose que je ne savais pas encore faire. C’était lier le physique au mental, le mental au spirituel, le tout dans une danse interne pour un voyage immense au pays de l’infini.

Mais pour arriver à l’apprendre, puis à le comprendre, et enfin à le vivre, il m’a d’abord fallu tomber à pieds joints dans ce que beaucoup nommeraient la folie. Oh, une folie avec sa part de lucidité malgré tout ! – c’est ce qui m’a permis de m’en sortir – mais une folie tout de même. Il m’a fallu prendre conscience que ma plus magnifique aventure, ma plus belle expérience amoureuse, je ne la devais qu’à moi-même. J’avais tout créé de toute pièce. J’étais tombée dans l’érotomanie – avec de profondes nuances par rapport à ce qui en est dit sur Wikipédia, mais sur le fond, c’est ça : la conviction délirante d’être aimé – et avais limite harcelé un homme pendant près de six années. Tout, pendant cette période j’ose dire que j’ai tout vécu. Tout ce que mes hommes précédents – ceux avec qui j’ai réellement partagé charnellement des moments de ma vie – ne m’avaient jamais offert (clin d’œil au film “Chicken run” : « J’ai vu ma vie défiler, c’était d’un ennui mortel»), ne m’avaient jamais rien révélé de ce qui était possible. La passion comme jamais. La fureur. Les montagnes russes, l’extase avant le plongeon en enfer et le retour dans la folie, émerveillée – soûle, ivre de ce trop plein brutal de force de vie – que j’étais.

Aujourd’hui, quand des personnes me demandent si je ne m’ennuie pas, toute seule, je ne peux que leur répondre que non, je ne m’ennuie pas. Comment pourrais-je m’ennuyer avec un tel jardin intérieur ? Ce que d’autres appellent des corvées, une absence de vie sociale, sont pour moi des occasions magnifiques pour m’équilibrer, car irrémédiablement liées à un autre niveau de réalisation, celui qui ouvre à plus grand que soi, à l’immensité.

Odile

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